Publié dans : Mona Cabriole

 


Paris, 12 ème arrondissement : La journaliste Mona Cabriole parcourt les couloirs de la morgue à la recherche du corps sans tête d’Adriana de Rais. Cette supposée « star du rock underground » se serait suicidée. Son corps est introuvable, ainsi que toute information au sujet de l’artiste. A croire qu’il n’a jamais existé… Qui était Adriana de Rais, de son vrai nom Albert Duplot ? Un bouquiniste du quartier met la reporter de Parisnews sur la piste d’un journal de correspondances de l’artiste, annonçant sa propre mort.












Par Antoine Chainas
Lundi 6 juillet 2009

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J.G. Ballard (1930 - 2009)
L'Auteur fut
informé sur les conditions techniques de réalisation du geste, les difficultés techniques possibles de la ponction péridurale, les précautions diagnostiques et infectieuses, ainsi que les chances de succès.

Après vérification de l’absence de signes cliniques et biologiques en faveur d’un trouble de la coagulation ou d’un syndrome infectieux, à J3, les deux opérateurs et l'infirmier procédèrent au lavage chirurgical des mains, sarraux, gants et lunettes. Ils préparèrent l'ensemble du matériel anesthésie et réanimation, Monitoring TA FC et procédèrent à l'installation en décubitus latéral de l'Auteur : un coussin sous la tête, genoux remontés sur le ventre en position foetale. Ils repérèrent rapidement le point de ponction veineuse à gros débit sur le membre supérieur en position inférieure de l'Auteur. Le point de ponction péridural lombaire aurait lieu au même niveau que la ponction précédente. Ils mirent en place le garrot chirurgical sur les deux champs veineux et péridural de l'Auteur. Ils utilisèrent le matériel habituel de l’opérateur péridural : deux champs stériles autocollants, une cupule, des compresses en nombre nécessaire, une seringue 20 cc, une aiguille sous-cutanée, un flacon Xylo 1%NA, une aiguille de Tuohy, une seringue de repérage trois pièces luer lock ainsi que 20 cc sérum physiologique.

Le matériel de ponction veineuse à l'intention de l'Auteur comprendrait quant à lui : un cathéter g 14 ou g16, deux champs stériles autocollants et deux seringues 20 cc.

Les tables pour disposer les matériels et champs de couverture furent disposées de part et d'autre de l'Auteur.

L’anesthésie locale fut réalisée au niveau de la peau lombaire et du pli du coude de l'Auteur. La ponction veineuse aurait lieu au pli du coude céphalique ou basilique.
La ponction péridurale médiane, après repérage au sérum physiologique et tenant compte des données de la ponction précédente (distance espace péridural-peau), révéla la présence possible de LCR dans l’espace péridural. Cette note fut ajoutée au dossier de l'Auteur. L'infirmier procéda ensuite à un prélèvement veineux de sang total standard de 20 ml, avant de passer seringue pleine rapidement et stérilement à l’opérateur péridural.
L'injection péridurale, lente et progressive de 20 ml de sang, en testant la contre-résistance de l'Auteur, se passa sans accroc.
L'aiguille fut retirée de son dos et ils effectuèrent la cicaplaie au point de ponction péridural.
L'Auteur fut alors remis sur le dos. La pesanteur lombaire produisait de fait un effet volume péridural. James Graham Ballard éprouva instantanément un sentiment de grand soulagement.

 

 

 

Par Antoine Chainas
Mardi 28 avril 2009

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Aujourd'hui, vingt-sept avril.

Ciel nuageux et quelques ondées dès la mi-journée. 16 degrés l'après-midi. Vent sud-sud-ouest.

Pas de fièvre.

Un sentiment.

Par Antoine Chainas
Lundi 27 avril 2009

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27 avril 2009
AFP

Grippe porcine : un potentiel pandémique

2003

Adam Johnson

Parasites Like Us (Traduction française : Denoël - Lune d'Encre 2006)

"Au cours des deux journées suivantes, ils se sont mis à abattre les cochons.
Aucun de nous n'y a vraiment prêté attention, il faut bien le reconnaître. Une nouvelle sorte de grippe porcine circulait dans le Middle West, disait-on, et effectivement, de plus en plus de gens attrapaient un sale microbe. Nous ne nous sommes pas alarmés parce que rien qu'en deux ans, aux infos, nous avions vu les Européens abattre le bétail par dizaines de millions de têtes et les Chinois de Hong-kong supprimer tous leurs poulets, à raison de plusieurs millions par jour. Quand ils ont allumé le bûcher des porcs pour la première fois, j'étais assis sur les marches de la résidence. Plusieurs prisonniers sont sortis pour scruter la flambée. Ceux qui avaient regardé les nouvelles ont précisé que rien qu'en Iowa, on était en train d'abattre quinze millions de cochons. Dans les magasins, on retirait le bacon de tous les rayons. Les hôpitaux avaient ouvert des zones de quarantaine. Pendant la discussion, un vieux prisonnier a toussé, et tout le monde a instinctivement reculé d'un pas."
Par Antoine Chainas
Dimanche 26 avril 2009

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Here she comes. You better watch your step...



























Christa "Nico" Päffgen par Herbert Tobias. Berlin, 1956.

Par Antoine Chainas
Lundi 23 mars 2009

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Après ça : 











A la porte de Versailles, on enchaîne par le Salon du Livre du 13 au 18 mars.














Hasard ou coïncidence ? L'occasion, en tout cas, de se remémorer - en écho aux fulgurances d'un Julien Gracq- les propos que Sainte-Beuve tenait sur la littérature industrielle :
"La littérature industrielle est arrivée à supprimer la critique et à occuper la place à peu près sans contradiction et comme si elle existait seule. [...] La connivence éteint tout cri d'alarme.[...] Le champ [libre] a, été de tous temps infesté par des bandes; mais jamais il ne lui arriva d'être envahi, exploité, réclamé à titre de juste possession, par une bande si nombreuse, si disparate et presque organisée comme nous le voyons, aujourd'hui, et avec cette seule devise inscrite au drapeau Vivre en écrivant. [...] Il faut bien se résigner aux habitudes nouvelles, à l'invasion de la démocratie littéraire comme à l'avènement de toutes les autres démocraties. Peu importe que cela semble plus criant en littérature. Ce sera de moins en moins un trait distinctif que d'écrire et de faire imprimer. Avec nos mœurs électorales, industrielles, tout le monde, une fois au moins dans sa vie, aura eu sa page, son discours, son prospectus, son toast, sera auteur."
Et Charles-Augustin de conclure :
"Cette littérature en un mot, qu'on est fâché d'avoir tant de fois à nommer industrielle [...], a eu le vouloir et les instruments d'innovation, les capitaux et les talents, elle a toujours tout gaspillé : l'idée morale était absente, même la moindre; la cupidité égoïste d'un chacun portait bientôt ruine à l'ensemble."

C'était en 1839, et aujourd'hui encore, ça fait mal, très mal... En ces temps de crise, joignons les mains, mes frères, fermons les yeux, écrasons une larme et méditons ces paroles prophétiques s'il en est...

Par Antoine Chainas
Jeudi 5 mars 2009

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Pour le plaisir, pour le chant, pour la charge...

"La race, ce que t'appelles comme ça, c'est seulement ce grand ramassis de miteux dans mon genre, chassieux, puceux, transis, qui ont échoué ici poursuivis par la faim, la peste, les tumeurs et le froid, venus vaincus des quatre coins du monde. Ils ne pouvaient pas aller plus loin à cause de la mer. C'est ça la France et puis c'est ça les Français."
L.F. Céline - Voyage au Bout de la Nuit- Gallimard, 1952
Par Antoine Chainas
Lundi 2 mars 2009

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Publié dans : nouvelle/poésie

Trois petits poèmes neurasthéniques dédiés à ceux qui veulent arrêter

Et à ceux qui ignorent

comment continuer.


Variation # 1









Parce qu'on oublie pas l'odeur du charnier partout dans les rues en période de pleine salubrité

Parce qu'on oublie pas la merde entre les dents des gens, dans leur moindre sourire, la plus petite parole,

Parce qu'on oublie pas la viande, celle qu'on taillade, celle qu'on baise

Jusqu'au sang,

Et les caresses sous la peau. Les baisers froids, la débandade,

Aux matins arrosés, kérosène frelaté. Et les nuits blanches. Tant de nuits blanches. Si blanches.

Parce qu'on oublie pas l'homme, trou puant, trou sans fond

Avec rien entre les mains que sa queue et tes seins.

On n'oublie pas, non,

On espère.


Variation #2

 








On sera ni le prochain ni le suivant. Ni le dernier.

A crever.

On se planque, on essaye, volume au maximum, la mémoire au chalumeau, quelques pilules bien rangées à gauche

De la télécommande.

Au panier la fierté, aux chiottes l'intégrité !

On n'oublie pas, non,

ni de geindre comme un chiot, ni de prier ni de trembler.

On n'oublie pas, non,

Pas la vie qu'on regrette, bouffé par les vers,

Pas la vie qu'on vomit en se rappelant demain,

Ou le creux de tes reins.

Car voici la nuit.

On n'oublie pas qu'à deux pas des vitrines, derrière les magasins, y a un vieux qui chemine

vers la tombe.

Vers la tombe.


Variation #3







On n'oublie pas.

On compte.

Un.

Deux.

Trois.

Les morts nous regardent, sans cesse plus nombreux.

Eux connaissent déjà

La course du poison, le long des veines, droit au coeur, la pulsation muette des halogènes

Qui s'éteignent.

Quatre.

Cinq.

On n'oublie pas.

On n'oublie rien.

Par Antoine Chainas
Dimanche 1 mars 2009

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« Pour moi, l'écrivain est quelqu'un qui écrit, qui a envie d'écrire, qui écrit des livres, puis il passe le texte à l'éditeur qui s'occupe de l'imprimer, de le diffuser, de le faire connaître, de faire la publicité, etc. Chacun son métier. Je considère que c'est ainsi qu'il faut continuer, je me suis toujours comporté de cette façon, mais maintenant - je crois que c'est à tort - les écrivains ont pris sur eux une bonne partie du travail qui revenait à l'éditeur. Ce sont eux qui font la promotion de leurs livres (…). On demande aujourd'hui à l'homme d'État d'être constamment en prise, en état de dialogue familier et immédiat avec les citoyens. On le demande aussi à l'écrivain avec son public, alors que son travail essentiel est d'écrire des livres – de qualité si possible – et non de « causer dans le poste », de parader sur les estrades télévisuelles, ou de discuter de ses livres avec les bambins des classes élémentaires. Cela n'a pas grand sens, ni grande portée, et on a le droit de s'en abstenir. »


En lisant, en écrivant

 

Julien Gracq - Editions Corti - 1985.
Par Antoine Chainas
Jeudi 26 février 2009

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Dans la littérature fantastique, le sous-genre de l'horreur tient une place périphérique, et à l'intérieur de ce sous genre, le livre de zombies occupe un rang encore plus périphérique.


Les éditions Calmann-Levy, par l'intermédiaire de la collection Interstices dont on a déjà chanté les louanges ici - on ne va donc pas recommencer - éditent de mois-ci deux monuments modernes dédiés à cette micro-niche littéraire : Guide de Survie en Territoire Zombie et World War Z. Deux livres que l'on peut lire indépendemment mais qui se complètent étonnamment en procédant par auto-références et effet miroir afin de produire une somme ultime du fléau imaginaire. Ces ouvrages, on les doit à Max Brooks (fils de Mel) : ils sont inclassables car, tout en s'inscrivant dans la droite ligne de fameux prédécesseurs (John Russo en tête), tout en respectant à la lettre un certain nombre de codes, voire de lieux communs, sortent du sous-genre par une sorte de glissement vers d'autres sous-genres tout aussi délicieux : l'uchronie pour le premier, l'oral biography pour le deuxième. L'essence de l'hybridation est à nouveau mise à l'honneur et c'est une des choses les plus réjouissantes que l'on ait pu lire ces dernières années.

Avant de nous pencher plus avant sur cette question, tentons de définir quelques axes constants de la littérature zombie.

Le zombie polyvalent
Tout d'abord, la littérature zombie est une littérature de l'apocalypse : en ce sens, son intérêt est multiple :

* Zombie et catharsis :

Dans la littérature zombie, la fonction cathartique est poussée à son paroxysme. Depuis les comptes-rendus d'exécutions publiques au moyen-âge - où la complaisance des descriptions visait au contrôle des masses - rien de nouveau sous le soleil. Ici, la catharsis est d'autant plus forte que la culpabilité éventuelle du lecteur face à l'hécatombe est totalement annihilée par la désincarnation du zombie (comme la désincarnation du condamné, comme la désincarnation de l'ennemi en temps de génocide, comme celle de l'adversaire dans les guerres modernes portées par la technologie de pointe, comme celle de l'actrice porno chosifiée par réductions dramatiques, organiques, expressives successives).

* Zombie et pornographie :

Le travail de la plaie, comme dans la littérature porno, offre au lecteur une possibilité d'exutoire quasi mécanique et presque dépourvu de sens : identification sommaire mais solide aux personnages par mise en application de stéréotypes puissants (la figure prolétarienne du plombier ou du livreur de pizza qui accède à la "bourgeoise" dans le porno est ici remplacée par celle non moins prolétarienne du ou des sinistrés qui accèdent à la survie ; des survivants qui accèdent à la mythologie), répétition des actes par simples translations de sèmes (unités signifiantes primaires : la blonde se substitue à la brune, le zombie manchot au zombie borgne, etc...), mécanisation de la pulsion (homicide ou sexuelle), fragmentation de l'image (gros plans où le liquide séminal se mélange à la fibrine endogène : les fluides ne s'assèchent jamais), et épuration sans appel des procédés narratifs.

* Zombie et prolétariat :

Il est indéniable - et c'est là une des principales forces du livre zombie - que le genre se place du côté populaire ne serait-ce que par la prolétarisation des protagonistes (il est rare, dans le porno ou la littérature zombie, que le survivant ou le reproducteur soit un rat de bibliothèque souffreteux ou un intellectuel ou un col blanc). Il répète par là même les schémas d'inversions révolutionnaires ou sado-masochistes à l'envi.

* Zombie et critique sociale :

La chute civilisationnelle s'accompagne immanquablement de la mise en exergue des failles et paradoxes de nos sociétés modernes ultra-matérialiste. Le Nabuchodonosor n'est jamais loin et le colosse s'écroule, les pieds mutilées (par un zombie, bien sûr).

* Zombie et mythologie

Le zombie a créé sa propre mythologie : celle du survivant dans un monde coupé de tout élan métaphysique. Le zombie, réduit à l'état d'organisme parasitaire, colonise un autre parasite : l'homme. La survivance de l'homo sapiens sapiens, plus ou moins courte, ne sert qu'à proclamer l'avènement d'une nouvelle aube utilitaire ou le mythe d'une société sans mythe, c'est-à-dire sans homme. A la société capitaliste soumise aux lois du marché succède la société organique fondée sur l'ingestion et la propagation. Manger ou être mangé. Être assimilé ou pas. Résister ou mourir. Autant de choix quotidiens qui trouvent leur écho dans le monde zombie.

* Zombie et peurs ancestrales.

Le zombie joue sans vergogne sur plusieurs registres : la peur de l'épidémie, héritage de notre moyen-âge tout sauf hygiénique (et héritage plus moderne du porno pré-séropositif), la peur d'une société sans Dieu (où les morts reviendraient sur terre car il n'y a plus d'enfer - ni de paradis), la peur de l'autre (le zombie, comme l'extraterrestre ou l'acteur porno, est protéiforme car désincarné : il peut être alternativement assimilé, selon les époques, aux communistes, aux terroristes, aux chinois, aux capitalistes, aux consommateurs ou simplement à votre belle-mère).

* Zombie et MLF.

Il est intéressant de constater que l'évolution majeure de la littérature zombie moderne - à l'instar du polar, qui est aussi une littérature du conflit - se situe du côté de la femme. De victime potentielle, de specimen soumis, la femme devient non plus procréatrice ou instrument (deus ex machina au mieux, ou simple artefact) mais prédatrice, survivante, dominante. Les outils phalliques offensifs, jadis apanage du héros masculin, se retrouvent, d'une manière étrangement fétichiste (singeant à ce titre la progressio cognitus de retournement propre aux codes SM), entre les mains de ces dernières. Flingues, objets contondants, maîtrise du close-combat, sont désormais au centre d'une parité qui devance, par bien des aspects, les changements encore attendus dans nos sociétés. L'homme, désarmé, se mue à son tour en victime potentielle. L'homme, à terme, sera dispensable. C'est sans doute le meilleur avenir qui l'attende dans la littérature de genre.

Le cas Brooks

Voyons maintenant en quoi Max Brooks révolutionne à son tour un sous- sous-genre très codifié :

Nous l'avons déjà dit, c'est le glissement très subtil vers l'hybridation qui exhume le zombie du caveau catégoriel.

* Zombies et uchronie.

Pour le Guide de Survie en Territoire Zombie, la dernière partie est particulièrement emblématique et, à ce titre, constitue l'intérêt principal du livre. L'uchronie, autre sous-catégorie de la littérature fantastique dont la spécialité est - pour paraphraser Dumas - de violer l'histoire pour lui faire de beaux enfants -, s'immisce, par un phénomène de contagion, chez le mort-vivant. A l'instar de Bloodsylver (Wayne Barrow, pseudo collectif de Xavier Mauméjean et Johan Heliot) qui réécrivait l'histoire le la conquête de l'Ouest via le mythe du vampire ou des formidables travaux de Valério Evangelisti dans Pantera (in Metal Hurlant, éditions Rivages), au sein duquel le même mythe était corrigé par le prisme du loup-garou, le Guide fait oeuvre de révision historique radicale en attribuant aux morts-vivants nombre d'épidémies et de catastrophes inexpliquées depuis la nuit des temps. Il est d'ailleurs intéressant de constater que ces travaux de falsification par le truchement du fantastique horrifique trouvent leur résonance la plus fulgurante au coeur de la société américaine et plus encore, par l'intermédiaire de la contamination buccale (masquant à peine, on l'aura compris, la contamination génitale). La société ultra puritaine et le melting-pot favorisent l'émergence - sous le regard amusé de la vieille Europe - d'une littérature définitive de la contamination / aliénation.

* Zombies et oral biography.

Le cas de WWZ est encore plus intéressant car il fait appel à un autre sous-genre méconnu sous nos latitudes : l'oral biography. Rigoureusement cadré, ce genre consiste, par l'intermédiaire de témoignages indirects, à brosser le portrait fictif d'un personnage (comme Jean Stein avec Edie (Sedgwick) ou, plus récemment, Palahniuk avec le contagieux Peste), d'un évènement majeur (tel La Bonne Guerre, de Studs Terkel, ouvrage consacré à la seconde guerre mondiale dont Max Brooks, d'ailleurs, ne nie pas l'influence). Jim Thompson, dans Le Criminel, avait déjà tenté d'appliquer l'expérience au roman noir : grâce à une série de monologues, dégager, en creux, l'essence d'un individu, d'un évènement, qui n'existent pas ailleurs que dans la parole subjectivement donnée et subjectivement recueillie. Pour WWZ, le procédé est à ce point ingénieux, à ce point attractif, à ce point stimulant qu'il a donné, entre autres, lieu à quelques initiatives dont on adorerait voir l'émergence en France : la réécriture, l'adjonction et la réappropriation par de simples lecteurs, de pans entiers du livre, comme autant de possibles inexplorés. C'est sans doute une des meilleures preuves des qualités intrinsèques du livre et de l'engouement qu'il suscite. Oh oui, comme il serait bon qu'un jour, chez nous, un livre contemporain soit à ce point réinvesti.

Zombies à la française

Avant les livres de Max Brooks, voici quelques ouvrages zombies qui ont su, soit par mimétisme soit par opposition, façonner l'outre-tombe sous un éclairage tout hexagonal :

- Serge Brussolo : Ma Vie chez les Morts (Denoël - 1996). Une infirmière est engagée pour surveiller l'état de santé des occupants d'un ghetto en plein désert. Une sorte de banlieue pavillonnaire modèle, où sont reclus les morts revenus à la vie. Des morts qui parlent. Des morts qui agissent. Qui fascinent. Qui philosophent, même. Des morts si foutrement glamours que les vivants en viennent à se demander s'il ne vaudrait mieux pas... Comme toujours chez Brussolo (une sorte Palahniuk français avant l'heure), il y a cinq ou six idées de romans potentiels par pages. Ça déborde d'énergie, c'est bordélique, mais en même temps extrêmement cohérent dans le style et dans la démarche. Un monument aussi, en son genre mort-né : le roman de zombies existentiel.

- Un Horizon de Cendres, de Jean-Pierre Andrevon. Autre écrivain subjugué par cette littérature, il a plusieurs fois approché le mythe (Les Revenants de l'Ombre, Comme une odeur de Mort), mais ne l'a abordé franchement et complètement qu'à l'occasion de cet ouvrage. Beaucoup plus calme que Brussolo, Andrevon aurait pu lui aussi être à l'origine d'un nouveau genre mort-né : le roman de zombies humaniste.

- Georges-Jean Arnaud : Le Festin Séculaire (1985) et Jean Viluber (pseudo collectif de Jean-Pierre Hubert et Christian Vila) : Coupes Sombres, chez Fleuve Noir Gore.

G.J. Arnaud fut tellement prolifique qu'il est difficile de dire si ce livre constitue une de ses oeuvres majeures ou non. Sans doute n'est-ce pas important. Il a su, comme tant d'autres au sein de la collection Gore, aborder le thème avec une vitalité surprenante (on ne saurait si bien dire, parlant de livres de zombies) et un entrain communicatif. Avec Coupes Sombres de Jean Viluber, ils se sont penchés sur deux tendances exacerbées particulières au livre de zombies : l'organique et l'amputation.

En conclusion, il est évident que le livre de zombies est susceptible d'intéresser tout le monde - y compris les plus rétifs à toute forme d'effusion sanguinolente.

Car il ne parle pas des morts.

Mais bien des vivants.

Et il ne parle pas de demain.

Mais bien d'aujourd'hui.

 

 

Par Antoine Chainas
Dimanche 22 février 2009

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