Jean-Marc Agrati : un chien, un éléphant et des bouches

Publié le par Antoine Chainas

Une fois n'est pas coutume, au rayon écrivain-culte-inconnu-qui-gagne-à-être-connu, penchons-nous sur le cas d'un auteur français, publié dans une petite maison d'édition complètement barrée et très intègre (les éditions Hermaphrodite), nouvelliste de surcroît : Jean-Marc Agrati, pas loin de cinquante balais et trois recueils absolument formidables à son actif.

Incorrection : le lugubre et la folie

Dès la première page, les premiers mots, vous serez saisis, happés, kidnappés. Si Agrati est un mec normal, avec deux yeux et un nez au milieu de la tronche, ces écrits ne le sont pas. Ne cherchez pas de happy end - pas de end du tout, d'ailleurs -, ne cherchez pas les motivations ni la vraisemblance. Ignorez l'usage de la négation, le bon goût et les jolies tournures de phrases. Laissez-vous porter, emporter dans un monde onirique - entre cauchemar et vérité dévoilée.
Chez Agratti, Peter Pan évolue dans un monde post-apocalyptique, un VRP vend des poupées gonflables polymorphes dans un local à poubelles, Dieu, quand il est bourré, défonce le cul de quelques caïds des cités, tombe enceinte, puis se décide à aller foutre le bordel outre-atlantique, et le diable s'invite à une soirée semi-mondaine où on se fait chier à mourir.
A la lisière de la S.F., du polar et de la critique sociale - et en même temps dans aucune de ces catégories - Agrati nous brosse une gallerie d'anti-héros assez fallots, pleutres à leurs heures perdues et surtout totalement esclaves d'une réalité qui se délite, qui explose, qui se désintègre sous leurs yeux et sous les nôtres.



Pourquoi, bordel ?
La question que tout lecteur se pose à propos d'un livre est : "Pourquoi, bordel, suis-je en train de le lire alors qu'il y a la finale de la Star Ac' sur TF1 ?"
Si la réponse est que vous désirez être conforté dans vos certitudes, que vous n'aimez pas être bousculés et par dessus tout que vous voulez tout comprendre, tout le temps, alors oui, refermez le livre d'Agrati et allumez la télévision. Ou mieux : mourez directement, ce sera plus rapide.
Si au contraire vous voulez vous rendre dans des univers que personne d'autre n'a exploré avant, fouler des terres vierges et refermer le bouquin en étant encore un peu plus désaxé qu'avant, allez-y : piochez dans Agrati, sans réserve : il n'y a que du bon.

 

 

 

 

Agrati, en long, en large et en travers
Pour ceux et celles qui n'ont pas encore passé leur tour (pas ceux de TF1, les autres, les désaxés), voici quelques liens qui vous permettront de pénétrer par l'arrière l'univers d'Agrati.
Pour ceux et celles qui veulent lire quelques nouvelles gratoches avant de se lancer, on en trouve ici et ici.
Pour ceux et celles qui voudraient connaître les éditions Hermaphrodite et leur catalogue, c'est par là.
Et pour ceux et celles qui voudraient carrément acheter les bouquins du monsieur, ce qui ne peut pas être un mal en soi :
Jean-Marc Agrati, Le chien a des choses à dire, éditions Hermaphrodite, mars 2003, 282 p. - 16,00 €.
Jean-Marc Agrati, Un éléphant fou furieux, éditions La Dragonne, avril 2005, 100 p. - 13,50 €.
Jean-Marc Agrati, Ils m’ont mis une nouvelle bouche, éditions Hermaphrodite, décembre 2006 240 p. - 18,00 €.

 

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