Amants

Publié le par Antoine Chainas

A classer dans l'ordre de leurs intimités Le déclin avoué des passions périmées A classer dans l'ordre de leurs désirs sereins Ce sourire sur sa bouche et l'ombre de ses seins
Et son corps d'expliquer dans une danse amoureuse Comment naissent sans l'savoir les anges sexués Sur les caresses ultimes d'un sommier essoufflé A classer dans l'ordre de leurs faims impérieuses
Comme ces vagues, quelque part, d'une plage délaissée Qui pénètrent le sable, se retirent en même temps Ils se trouvent enfin, suprême félicité A classer dans l'ordre : tous ces hasards ardents
A classer sans soucis jusqu'aux aubes de la vie Les crépuscules incessants où dorment les survivants Dont ils feront partie si leur coeur a envie A les classer au rang des éternels amants
A chasser sans scrupule dans l'ordre décroissant Et la peur qui éreinte et tous ces doutes puissants A classer sans scrupule au rang des pleines lunes Cette musique : son odeur, pour que rien ne l'élude
A l'amour, son amour, et à son coeur qui bat Au sang qui s'aventure là où l'on ne sait pas Au bonheur, à la joie de la savoir bien là Son souffle sur sa peau, surtout qu'elle ne s'arrête pas
A classer dans l'ordre des murmures en écho Et la soif et la faim, elle, elle, soi L'autre lutte mais il est trop tard : pas trop. Si, trop ! A classer, il l'aime, c'est une profession de foi
A classer au rang de leurs nécessités Ce sentiment flou qui fait la cécité Sourd, muet et brûlant : il frappe sans retour Les coeurs par le froid transis, succés de l'amour
A classer dans l'ordre de leurs sollicitudes Ce tisonnier ardent qui crame les certitudes Se parler en silence d'une autre solitude Ah, savoir classer dans la foultitude
A classer sur la liste de leurs aspirations Toutes les aspérités de leurs soumissions Aimer l'autre, aimer l'autre sans permission A classer dans l'ordre des solutions
Brûlés par le froid, brûlés par la peur Sentir le charbon et les ventilateurs Sur sa peau détrempée et son corps délivré A classer dans l'ordre des beautés dévoilées
A classer son corps et à classer son coeur A classer son rire, à classer son odeur A classer ses yeux doux, leur si forte chaleur A classer c'est fou, pour ne pas qu'elle ait peur
A classer son silence et la fin de sa voix A classer sans répit, sans aucun autre choix A classer son bonheur et tout avoir à soi A classer son parcours, à classer sous ses pas
A classer ces jours brefs et ces nuits chaloupantes A classer leurs corps nus sous de limpides charpentes A classer ses soupirs et ses caresses charmantes A classer en urgence, toutes affaires cessantes
A chasser le bruit de leurs images enfuies A chasser le passé, ce fruit mûr et gâté A classer les souvenirs en plaies cautérisées A classer le jour et à classer la nuit
A classer l'éphémère et les heures solitaires A classer c'est un droit, de quoi en être fier A classer pour toujours A classer comme on classe jusqu'à la fin des jours

A.C. 1992

Publié dans nouvelle-poésie

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marie gozdowski 03/09/2008 19:14

A classer mais ne pas le faire pour ne pas oublier trop vite
A classer mais ne pas le faire, juste y penser encore et encore
A classer tandis que s'estompe le contenu de la mémoire
A classer mais ne pas jeter
Et puis classer, un jour, pour pouvoir retrouver
Quand les couleurs du souvenir reparaitront mais ce ne seront plus les memes
A ne pas classer, à s'approprier

Antoine Chainas 03/09/2008 20:44



Bonjour Marie,
Les souvenirs se travaillent au réel
Par-dessous, au-dessus
Jamais au milieu
Janus revisitéJ'ai bien aimé votre réponse en forme de pendant lumineux. Un écho subtil.
A bientôt.