Vraiment très bientôt

Publié le par Antoine Chainas

"C'était comme si j'étais en état d'hypnose. Pendant longtemps, je n'ai pas pu parler parce que j'avais peur qu'elle disparaisse."
W.R. (schizophrène)

Anaisthêsia
Gallimard
Série Noire
Avril 2009

Publié dans Anaisthêsia

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Marin Ledun 17/09/2008 15:27

Une citation à méditer...

Marin Ledun 16/09/2008 19:58

On en rediscute de vive voix à Vienne. Je crois que je suis plus terre à terre que toi sur ce sujet. Ecrire ne me fait pas rêver ou alors le rêve fait partie du réel (ce qui serait correct d'ailleurs). Autant de souffle et de rage que passés à fendre du bois, courrir un 100 km ou boire des bières jusqu'à plus soif dans un troquet en compagnie d'illustres inconnus et néanmoins amis. ne surtout pas se prendre au sérieux, lmais le faire le plus sérieusement du monde comme dirait mon père qui gagne à être connu.
Amicalement,
M.L.

Antoine Chainas 16/09/2008 20:38


D'accord pour Vienne.
Mais pour la bonne bouche, laisse-moi tout de même te livrer ces quelques mots qui, je pense, te parleront plus que mes divagations d'indécrottable idéaliste :
"Le roman n'est pas un art, c'est tout au plus un job pour les plus chanceux. Même les grands écrivains sont à mon avis d'humbles employés, que les éditeurs n'hésitent pas à mettre à la porte
du jour au lendemain si les consommateurs cessent d'acheter leurs produits."Voilà. C'est tiré de Microfictions de Jauffret : ouvrage polyphonique et torrentiel que je ne saurai
trop te conseiller tant la charge émotive y est grande.
Amitiés.
Antoine.


Marin Ledun 16/09/2008 10:55

Cher Antoine,
Plus que "producteur" d'histoire, et tout en étant sur la même longueur d'ondes que toi sur le reste, il me semble qu'à de rares et très best-sellerissimes cas, on peut plus parler d'artisans du livres ou de manars de l'écriture. La condition d'écrivain est assez surprenante, dans la plupart des cas. Flexibilité maximale, exit le smic, les horaires fixes, le salaire horaire, la certitude de reconnaissance, etc., alors que les romanciers sont très valorisés par ailleurs (ââârtistes, conteurs, poètes, etc.). A fortiori dans le polar. Qu'en penses-tu ?
M.L.

Antoine Chainas 16/09/2008 12:52


Salut Marin,
Il me semble que c'était toi qui avait publié un post sur l'essai à propos de la "condition littéraire". Effectivement, on dirait qu'il y a un sérieux hiatus entre la réalité banale et le prestige
attaché à la fonction. Mais n'est-ce pas le cas de toutes les catégories artistiques ? Le musicien lambda qui court après son cacheton, le journaliste localier qui pige, l'acteur ou le mannequin
qui galère dans les castings foireux... Alors que leur statut, leur fonction reste très valorisée aux yeux des gens... Ca fait rêver, comme on dit. Je ne pense pas que le polar exacerbe cette
tendance. Nous n'avons pas essayé la Blanche où les trois cents exemplaires vendus contrastent encore plus violemment avec l'idée des cocktails à répétition et des flonflons ronflants.
Ceci dit, j'ai l'impression que ce décalage a tendance à s'estomper. J'ai des frères plus jeunes : qui, dans les collèges et les lycées, rêve encore de devenir écrivain ? Plus personne. Nous sommes
sans doute une espèce en voie de disparition. Nous vivons encore probablement - auteurs comme lecteurs - sur les vestiges hérités du siècle des Lumières.
C'était Foenkinos, dans une itw, qui disait en substance, que lorsqu'il se présentait comme romancier dans une classe, il n'essuyait, dans le meilleur des cas, qu'une moue dubitative. Mais dès
qu'il parlait de son passage à Canal, les regards s'éclairaient, la conversation s'animait.
Ces considérations ne doivent pas faire oublier une notion fondamentale :
Le plaisir (ou le besoin, c'est selon).
Celui d'écrire.
Et aussi celui d'être lu.
Si ne serait-ce qu'une personne voit un pan de sa vie (même un tout petit pan, même temporairement)  infléchit par la lecture d'un de tes livres, sans doute cela vaut-il le coup.
A Gallimard, il y avait un stagiaire qui semblait être véritablement transi lorsqu'Aurélien lui a confié une copie de travail du roman à paraître.
Ce stagiaire, ça aurait pu être moi ou toi, il y a quelques années de cela.
Et peut-être d'ailleurs deviendra-t-il, grâce justement à ces lectures, toi ou moi dans quelques années, porté par la même volonté de partager, de participer au grand bordel du monde. Mieux : il
deviendra sûrement lui-même.
Donner une voie. Trouver la sienne.
Si l'on met de côté l'aspect bassement matériel qui, il faut bien le dire, nous cause parfois quelques soucis - il est possible que la condition littéraire se situe à ce carrefour précis.
Sur ces réflexions un peu oiseuses, je te le concède, je te dis à très bientôt.
Amicalement.
Antoine.


Michel 15/09/2008 16:21

Ça c'est un teaser ou je ne m'y connais pas.

J'ai écris aussi sur votre livre - et pour être honnête, avec un tout petit bémol (mais alors très léger).

En tout cas, entre vous et Caryl Ferey, je suis étonné du peu de prise de conscience de la formidable évolution du polar à la française, déjà soulignée par le Blog de JM Laherrère.

http://eclectiques.wordpress.com/2008/06/07/versus-dantoine-chainas/

Antoine Chainas 15/09/2008 17:37


Bonjour Michel,
J'avais effectivement lu votre post sur Versus qui, bémol compris, m'avait beaucoup plu - comme votre blog en général (je mettrai un lien incessamment sous peu). Pour répondre à la question que
vous soulevez, je crois qu'il y a une marge très nette entre deux mondes :
- Celui des lecteurs, critiques, chroniqueurs, à qui il appartient de décrypter, d'analyser et de mettre en perspective, avec la subjectivité que cela suppose, les livres, les oeuvres et
éventuellement les auteurs qu'ils aiment (ou qu'ils détestent).
- D'un autre côté, il y a celui des gens, vulgum quidams, qui "produisent" (j'assume le terme) des histoires, disent des choses qui leur semblent importantes et ont la chance que leurs propos
soient relayés par une maison d'édition, un éditeur... Mais la conception reste très artisanale. Elle se fait dans la solitude, elle est longue, sinueuse et implique, justement, une certaine
difficulté à s'inclure soi-même dans un processus plus large (à moins d'être un ambitieux calculateur, ce qui, je pense, n'est ni le cas de Caryl, ni le mien).
A vous, à Jean-Marc et d'autres de décrypter, de défricher, clarifier ce qui doit l'être dans un monde de plus en plus bruyant, lumineux, exposé, surexposé pour "signaler le signifiant".
A d'autres le soin, dans leur coin, à leur hauteur, de simplement essayer de Dire.
Pour finir, je signalerai juste que ces deux mondes ne sont pas totalement étanches. Il existe des passerelles. Il arrive parfois que certains aient un pied dans chacun d'eux et s'en sortent très
bien.
Voilà. J'ignore si j'ai été clair, mais en tout cas, votre question avait le mérite d'être très intéressante. Comme on dit dans les médias, je vous remercie de me l'avoir posée.
A bientôt.
Antoine Chainas.