Les prix en question

Publié le par Antoine Chainas

Je vous livre aujourd'hui deux déclarations partielles et partiales simplement parce qu'elles m'interpellent en tant qu'auteur et en tant que lecteur.
Mettons-nous bien d'accord avant : il ne s'agit pas de porter un jugement de valeur (certains font ça très bien à ma place), mais de questionner le prix littéraire en général - prix littéraire entendu comme symbole le plus évident de la représentativité et l'intelligibilité (ou non) d'une oeuvre, d'un livre, lato sensu.
La première déclaration vient de Betty Poulpe qui écrit à propos d'une sélection sur ce blog ma foi assez intéressant :
"Le lecteur peut se dire qu'un malade massacrant son prochain selon des rites incas ou mongols ou templiers, ne court pas les rues. Mais quand monsieur tout le monde est pédophile, que Madame tout le monde filme Monsieur avec l'assentiment de l'aîné de la fratrie, bref, qu'on plonge dans le glauque qui ressemble bizarrement à une dépêche AFP, il y a moins d'échappatoire. La sortie de secours est fermée. La réalité est frontale, brutale, moins facile à digérer. C'est peut-être ce qui a pénalisé Antoine Chainas. Un abus de réalité."

La seconde concerne une interview que j'avais accordée au site dédié à ce même prix :
"Une participation dans le *** du polar ne laisse aucun auteur insensible. Quel est votre sentiment sur votre sélection ?
Je suis très flatté, bien sûr. Mais en même temps terriblement conscient que des romans radicaux n'ont que peu de chance dans ce genre d'exercice qui réclame, à mon avis - je ne dis pas que c'est bien ou mal -, un minimum de consensus."

Bien que ce ne soit pas un secret et que l'information soit disponible pour quiconque voudra se pencher sur la question, j'ai volontairement masqué le nom du prix pour bien signifier que ce n'est pas ce prix-là précisément qui est visé et encore moins jugé.
La plupart du temps, les gens qui organisent les sélections (terme générique), ceux qui participent aux votes (générique encore) sont parfaitement honorables et un prix, quel qu'il soit, fait son boulot de prix : mettre en exergue un talent prometteur susceptible de toucher un public assez large, dénicher une voix singulière...
Le tout est de savoir jusqu'à quel point.

Publié dans Versus

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Zorrock 04/10/2008 09:47

Salut Antoine,
Les villes et les campagnes bruissent de louanges sur ton nom.Très vite,le murmure deviendra clameur.La foule va vociférer,exiger des t-shirts.Garde le cap,merci d'exister,on compte sur toi.
Amitiés,
Zorrock.

Antoine Chainas 04/10/2008 11:21


Salut Zorrock,
Eh bien voilà qui fait plaisir. Content que tu apprécies et merci pour tes compliments. Je garde en mémoire l'idée des t-shirts. Je vais la soumettre à mon éditeur, je suis sûr qu'il va être
enthousiaste. Tiens, je vais aussi franchiser une marque de théières. Et puis aussi des posters, une marque de savon et des CD's R, genre "Versus Resident Rider"... Houlà, tu me donnes plein
d'idées. Je note.
Bon, trêve de plaisanteries. En tout cas, merci, c'est vraiment sympa et ça donne courage.
A bientôt.
Amitiés.
Antoine.


Thierry 02/10/2008 10:55

"Le tambour" a une dimension seulement filmée. "Apocalypse now" a une dimension cinématographique (son, images, mise en scène, ampleur, tout y est). Enfin, c'est ce que je pense. En 1978, il n'y avait pas à hésiter. En tous les cas, moi, j'aurais choisi sans état d'âme. Et même si "Le tambour" est un excellent film, d'ailleurs.

Pour la dette hypothétique envers mes romans, et que tu aurais éteinte avec Versus, bah! c'est me faire trop d'honneur, quand même. Je te dirai en privé mon sentiment, sois-en sûr ;-)

Amitiés,

T. Di R.

Thierry 02/10/2008 09:06

A partir du moment où il s'agit d'un groupe humain (lecteurs, jury dit "professionnel", etc.), il n'y a plus de décision franche et nette possible. Tout juste une direction, noyée dans des confrontations irréconciliables, pour aboutir à une sorte de choix par défaut.
On le voit bien, par ex., avec la décision du Festival de Cannes l'année où le jury n'a pas pu (su) choisir entre "Apocalypse now" et "Le tambour", alors qu'à mon avis - et cela n'engage que moi - cinématographiquement, c'est le film de Coppola qui seul méritait la distinction.
Je suis en train de lire Versus: le moins que l'on puisse dire, c'est que cela ne transige pas. Aucun étonnement, dès lors, Antoine :-)

Et puis, les propos de Jérôme Leroy d'une pertinence implacable. Alors...

T. Di R.

Antoine Chainas 02/10/2008 10:00


Salut Thierry,
Vrai, vrai et mille fois vrai. Je n'avais pas pensé à cet aspect de la question. On pourrait alors considérer que les sélections, les prix sont décernés "faute de mieux", adoptant la via
media, le mainstream, parfois. Sauf pour les (très rares) cas où il y a unanimité.
Pour la sélection 78 (ce me semble) de Cannes, même si Apocalypse Now reste l'oeuvre métaphysique par excellence, ultra-humaine en quelque sorte, indépassable, Le Tambour est,
dans le registre parabolique, lui aussi un film - et un livre, comme Apocalypse... - important. Je peux concevoir, d'une certaine manière, les hésitations du jury, sa
frustration à trancher.
Ceci dit, j'espère que Versus te plaira : sache simplement que, maladroitement peut-être, sincèrement sûrement, il paye indirectement et partiellement une dette que j'ai, que beaucoup
ont, en tant que lecteurs de la première heure de Di Rollo. Mais j'arrête là, mon but n'est pas d'embarrasser et ce que je dis, sans doute, tu le sais déjà.
Amitiés.
Antoine.
P.S : Jérôme est toujours pertinent et implacable. C'est ce qui fait son charme délicat. lol.


Jérôme Leroy 01/10/2008 17:55

Mon cher Antoine, il y a ceux qui ont les prix et il y a ceux qui ont des lecteurs. j'entends par lecteur des gens qui vous reliront, qui transmettront vos textes par passion. Vous vous souvenez du Prix Goncourt 1964? Moi non plus. En revanche, nous sommes toujours quelques uns à lire Antoine Blondin. Les meilleures ventes de poésie au XIXème siècle, c'était Sully-Prudhomme. Baudelaire, lui, devait se contenter de quelques dizaines d'exemplaires. Mais ce sont ces lecteurs là qui comptaient vraiment

Antoine Chainas 01/10/2008 18:33


Heu, oui.
Bonjour Jérôme et bonjour jlcheche. Je me doutais qu'il y aurait légère méprise : sans doute me suis-je mal exprimé et sans doute n'aurais-je pas dû prendre cet exemple (qui me semblait pourtant
pertinent sous le coup de l'impulsion). Si ce qui se conçoit bien s'énonce clairement, il faut croire que dans mon esprit...
En effet, je suis tout à fait d'accord avec vos arguments respectifs.
Ceci dit, je ne voulais pas parler spécifiquement du prix polar SNCF mais des prix en général (et que ce soit un jury ou des lecteurs ne change, à mon avis, pas grand chose sur les attentes et le
prestige que compte s'attacher ou confirmer un prix : j'entends par là la valeur qu'il s'accorde à lui-même ou qu'on lui accorde de facto).
Et je ne voulais pas parler de Versus spécialement, mais des livres en général et de ce qui fait majorité, voire unanimité ou pas à un moment donné. Du paradoxe qui fait que les prix recherchent à
la fois l'originalité (la vocation de talent scout, de prestige, de distinction élitiste) mais aussi un certain formatage (nécessité de rester intelligible au grand public, refus de
l'élitisme, cette fois...).
Bon, j'ai raté mon coup. Peut-être serais-je plus convaincant la prochaine fois.
En tout cas, merci à vous deux pour ces précisions et ce recadrage fort utile.
A bientôt.
Antoine.


jlcheche 01/10/2008 17:52

Pas d'accord avec toi. Le prix SNCF (de toute façon, il apparaît dans le blog dont tu donnes le lien) est un prix des lecteurs. Si recherche de consensus il y a, c'est sans doute au niveau de la sélection et là, ben... tu as été choisi (même si Versus, comme je l'ai lu sur le site du prix, a suscité des réserves). A partir de là, le choix est fonction du lectorat du polar. Et les voix singulières ne manquent pas, même si elles ne sont pas aussi extrêmes que la tienne. Ton raisonnement tiendrait, si le prix était décerné par un jury. Ce n'est pas le cas.