Culture de l'effort

Publié le par Antoine Chainas

Noël arrive. C'est une évidence : le dernier raout consumériste de l'année, l'ultimatum pulsionnel. Laissez-vous aller, relâchez les cordons de votre minuscule bourse. De toute façon, rien à foutre : la fin du monde est pour juste après.
Ce ne sont pas des offres que l'on expose, ce sont des injonctions, des prières. Dieu sur terre a pris la couleur de l'euro et ne voit pas plus loin que la prochaine échéance commerciale.
Sauver le monde, stopper la crise, foutre son pied au cul de la récession et se prosterner.
Pas d'alternative.
A genoux.
La dernière trouvaille à la mode pour que le salut soit à portée de tous se reflète dans nombre de pubs, nombre de propos qui visent à déculpabiliser les partisans du moindre effort, car c'est bien connu, la plèbe est bête, feignante comme pas deux et de surcroît, toujours prête à écouter le moindre bobard qui flattera son ego de pigeon.
Je vous livre tel quel l'argumentaire d'une célèbre console de jeux, censé déclencher chez le client rétif à toute forme de pénibilité, le sursaut attendu, espéré, invoqué. Un sursaut qui a tout du spasme présidant à l'EMI (Expérience de Mort Imminente). Paye. Paye et ne réfléchis pas. Paye, ne réfléchis pas et crève !
Il s'agit d'un logiciel "musical". Mais bien entendu, il pourrait s'agir de n'importe quel jeu abusivement dit créatif.
Morceaux choisis :
"[...] jouer d'un instrument est sans doute le rêve le mieux partagé. Seulement, voilà, la musique, c'est complexe... et il faut d'abord l'apprendre ! [...] Pour jouer d'un instrument, nul besoin de partition et pas de boutons complexes à maîtriser : il suffit d'effectuer de simples mouvements [...] en imitant les gestes faits avec le vrai instrument. Et ça, tout le monde sait faire !"
Les musiciens apprécieront.
Je rappelle qu'il s'agit d'arguments de vente : des personnes, très bien payées, très équilibrées et sûrement très éduquées, ont planché sur la question pour définir la stratégie optimale à adopter afin de lancer le produit au moment crucial des fêtes. Les accuser de se moquer des gens serait faire injure à leur sagacité.
Combien d'artistes n'a-t-on pas vu sursauter à l'évocation d'oeuvre cérébrale, comme insultés. Et d'assurer illico que, chez eux, il ne s'agissait surtout pas de ça : que le vulgum pecus pouvait y aller sans avoir peur de réfléchir, de penser trop fort, au risque de choper une méningite ou, dans le meilleur des cas, une céphalée sévère.
Moi, je propose que l'on fasse la même chose avec les livres. Un logiciel du genre : écrivez un chef-d'oeuvre sans travailler. Bouger les doigts, c'est difficile. Apprendre, retenir, s'améliorer, passer des heures et des heures, des jours , des années dans son coin à peaufiner la technique, à clarifier son propos, c'est chiant. En appuyant sur un bouton, écrivez Les Métamorphoses, La Disparition ou Les Misérables... Ah putain, j'oubliais : ce sont des livres super emmerdants à lire. Bon, alors on n'a qu'à inventer une variante Marc Levy ou Guillaume Musso, ce sera plus glam.
Messieurs les créatifs, j'attends vos propositions.

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holden le lapidaire 20/11/2008 02:05

ah le tapping
eddie soit bon
la plus grande escoquerie de la guitare

wapwapwapchoudidoudiou

holden le lapidaire 18/11/2008 23:34

au sujet du jeu musical, c'est de la merde
en boite, du fac simile de musicien
en tant que zicos je me marre
viens faire un solo contre papa, un hammer un blend
muahhhhhhhhhhhhhhhhhhh

au fait bonjour

Antoine Chainas 19/11/2008 20:34


Salut Monsieur Lapidaire (rires),
Moi, je propose carrément un plan de tapping à huit doigts en polyphonique, histoire d'enfoncer le clou.
Entre guitaristes, je crois qu'on se comprend.
Muahhhhhhhh dibudibudibudibu...
A bientôt.
Antoine.


Silouane 18/11/2008 11:09

Oui, j’ai une fille de 13 ans.
Je crois qu’il faut essayer de donner aux enfants des armes de réflexion, d’analyse et une ouverture, qui leur permettra de faire leur choix mais rien n’est simple.
Ne faut-il pas avoir de TV à la maison ? Ne pas aller se vautrer dans les parcs, type Disney ? On devrait dire non mais en allant sur ce chemin, on marginalise très vite comme tu le suggères. De la mesure dans ton serait peut-être la réponse…

Une anecdote assez symptomatique.
Nous sommes retournés habiter en Chine en 2002, Camille est rentrée dans une école chinoise du quartier avec des camarades de classe issues de classes sociales très simples de la société pour parfaire sa maîtrise de la langue. En septembre 2007, elle est retournée au lycée français. Au bout de quelques semaines, elle voulait les mêmes Converse que ses copines…
A cet âge-là, la pub et le marketing n’ont pas encore touchés les jeunes chinois (il faut attendre plutôt 17-18 ans, grâce à la NBA et leur star chinoise de Houston, Yao Min pour les Nike, Adidas et tout le reste), je vois régulièrement ces anciennes copines de classe chinoises, elles n’ont pas changé d’habitude « d’habillement », je suppose qu’avec l’élévation du niveau de vie et le ravage de la pub, ça va vite venir à cet âge.

Ce qui serait intéressant de voir pour la différence de point de vue avec Marin, c’est ce qui nous amène à avoir deux points de vue différents. Ne nous sommes pas conditionnés dans notre approche, nos lectures, notre expérience ne nous amènent pas à penser ainsi ?

PS : j’en ai marre de la censure chinoise. Afin d’éviter la propagation sur le net d’infos sur les événements du Tibet en mars dernier, les cocos chinois ont bloqués de serveurs de blogs dont over-blogs ; depuis encore plus longtemps tout ce qui rappelle le Tibet est bloqué, un site avec le mot pourpre par exemple. Résultat, pour aller sur certains sites, comme ton blog ou celui de Marin, je suis obligé de passer par des proxy lents quand ils marchent. Là, je suis hors de Chine, j’en profite mais ce sera fini demain.
Quand je vois le formatage des cerveaux en Chine beaucoup plus grotesque et efficaces, je me dis que nos conversations et nos réflexions pourraient être considérées comme un luxe.

Antoine Chainas 18/11/2008 12:30


Encore une fois, entièrement d'accord avec toi. Et je trouve ta réflexion extrêmement intéressante. Elle nous offre la possibilité de voir le monde à travers un prisme différent (j'espère que
certains lecteurs pourront s'y arrêter ou aller sur ton blog pour en savoir plus). Le prisme d'une socitété qui n'est pas la nôtre mais qui pourrait le devenir un jour. Pour le pire et le
meilleur.
Ta fille a treize ans, mon fils n'en a que cinq et je vois déjà les ravages exercés par la pub, les logotypes et surtout l'entourage (pour la plupart, des gamins très bien intégrés : que l'on
prenne ce terme d'une manière péjorative ou non).
Enfin, je te rejoins sur ce point : la conversation que nous avons est un luxe... Sans doute un des derniers qui nous restera si nous ne prenons pas garde.
Bien amicalement.
Antoine.


Silouane 18/11/2008 04:22

Dear Antoine,
Je comprends mieux ta remarque.
Je préfère voir la première origine dans la personne même ( et non dans le système) et je crois qu’avec une prise de conscience, une profonde introspection analyse de soi, de l’environnement, un gros travail sur soi et une discipline à toute épreuve, il peut être possible
d’échapper aux tenailles de la dictature de la consommation et par là du dérèglement. J’ai été enfermé dans un monastère grec un an , une autre dictature 
Evidemment, Lulu qui se goinfre de télé à 3 sous et de magazines people toute la journée aura de fortes difficultés à s’en sortir et à combattre le carcan qui se pose sur chacun.

Antoine Chainas 18/11/2008 10:18


Salut Silouane,
Je suis tout a fait d'accord avec toi. Cela m'évoque d'ailleurs un petit point de friction - vraiment futile, il est vrai - que nous avons régulièrement avec Marin Ledun. A titre personnel, je ne
vois pas, dans le système, de responsabilité collective mais une somme de responsabilités individuelles (Marin n'est pas de mon avis). Cependant, la fin de ta réponse met en lumière un point
essentiel : quels moyens auront les adultes de demain - les enfants d'aujourd'hui - de lutter contre l'endoctrinement d'une société qui n'offre, comme unique alternative d'intégration, que l'achat
?
Je ne sais pas si tu as des enfants, mais moi, en tant que père de famille, je perçois de manière particulièrement violente la force et l'ingéniosité du système qui s'appuie, pour assurer sa
pérennité, sur les plus jeunes générations, les plus faibles, les plus malléables... "Echapper aux tenailles de la dictature de la consommation", comme tu dis si justement, pour soi, d'accord. Mais
a-t-on le droit - le devoir ? - de le faire pour son enfant (au risque de le marginaliser, de lui imposer la pression formidable qu'exerce la socitété sur ceux qui ne veulent pas ou ne
peuvent pas rentrer dans le rang) ? Est-il légitime de faire peser sur ses épaules une contestation qui ne lui appartient pas ou en tout cas pas encore ? La réponse est sans doute oui, mais elle
est douloureuse. Force est de constater que le système dispose d'armes bien plus redoutables que le refus que nous pouvons lui opposer.
Antoine.


jenotule 17/11/2008 21:51

Roooo, et dites donc, c'est ce lien (merci pour le tuyau, que j'avais déjà lu, dans ma grande blogonite) qui m'a donné envie de trouver "Fasciste", et deux jours après je le trouvais dans une bouquinerie. Bizarre autant qu'étrange !