Cadeau de Noël

Publié le par Antoine Chainas

Vu au journal de treize heures de France 2 qui, comme tous les journaux du mainstream, fait décidément preuve d'un professionnalisme à toute épreuve.

Elise Lucet, dont la probité journalistique n'est plus à démontrer, nous annonce avec un grand sourire, tellement grand d'ailleurs que j'en ai encore des frissons dans le dos, qu'une grande entreprise spécialisée dans la fabrication de jouets, après avoir été rachetée par un industriel allemand et après avoir licencié 700 personnes en mars, réembauche aujourd'hui certains desdits OS : 80 à ce jour.

"Ca ressemble à beau conte de Noël", nous sussure la journaliste avec des pattes-d'oie au coin des yeux et des larmes d'émotion pas loin. Bon, à l'école, j'étais pas fortiche en math, mais tentons une petite opération d'arithmétique toute simple : 700 licenciés - 80 réembauchés = 620 licenciés. Etonnant, non ? Je ne sais pas si les reporters de France 2 étaient aussi nuls que moi en algèbre, mais leur manière de calculer est plutôt curieuse. Attendez, ne partez pas en claquant la porte, c'est pas fini : le plus beau est à venir.

Cut.

Reportage dans le Jura :

Le nouveau boss de la boîte, grand sourire lui aussi (il faut croire que la période des fête est particulièrement propice à l'euphorie - à moins qu'il ait sniffé un peu de protoxyde d'azote avant l'interview), nous annonce un CA prévisionnel de 120 millions d'euros d'ici la fin de l'année. Me voilà fort aise de l'apprendre.

Attendez, je vous dis : vous n'êtes pas encore au bout de vos surprises :

Séquence suivante : un ouvrier, licencié le 2 avril, se voit réintégré le premier juillet... avec une diminution de cent euros sur la feuille de paye et la perte de ses treize années d'ancienneté.

Vous en avez assez ? Un petite envie de vomir ? Nooon... Lisez plutôt la fin :

Et le JRI de conclure, au bord de l'orgasme : "mais l'essentiel est là : avoir retrouvé un emploi."

Parce qu'en plus il faudrait dire : "merci patron" ? Ou "merci papa Noël" ?

J'ignore si Elise et moi avons lu les mêmes contes lorsque nous étions petits, j'ignore par quelle gymnastique cérébrale et sémantique la présentatrice et son pool de choc arrivent à ce traitement de l'information d'un optimisme abyssal (j'imagine qu'il y a une longue pratique derrière), mais ce dont je suis sûr, c'est qu'après un reportage pareil, le fabriquant de jouets, plus philanthrope que Santa Claus lui-même, n'a plus besoin de service de com'.

A moins que cette séquence n'ait simplement pour but de faire comprendre aux pauvres béotiens que les contes de Noël - ou comptes de Noël - ont eux aussi cédé à une certaine forme de modernité : ils ont désormais la gueule de l'emploi.

Commenter cet article

jenotule 02/12/2008 17:40

Les medias ? Arg. Je ne regarde plus la télé. Je continue de lire la presse mais ça me file mal au coeur bien souvent. Pourtant il faut bien se tenir au courant (quoique, est-ce si indispensable ?) Les medias partagent les mêmes objectifs que le pouvoir, leur connivence va de soi. Y'a qu'à voir ces faces de pseudo-journalistes. Tous en train de s'indigner parce qu'un des leurs a été malmené par la police. Ils se réveillent ! Heureusement on trouve sur le net des informations plus poussées. Sinon, il vaut bien mieux aller chercher dans les livres (ce qui, forcément, n'est pas donné à tout le monde).

Antoine Chainas 02/12/2008 18:34


Oui, tu as tout à fait raison, jenotule, le net est, à mon sens, vraiment en train d'émerger comme un réel contre-pouvoir informatif. Je suis d'ailleurs surpris du décalage qui existe désormais,
tant au niveau de l'angulation - joli terme journalistique - que de la réactivité, dans le traitement de l'info (par exemple, les blocages en Guyane sont apparus dans les JT "officiels" et encore
de manière succincte, plus d'une semaine après des articles relativement consistants sur le net (genre rue 89, pour ne pas les citer).
Et il est vrai, de même, que le livre reste une source plus pérenne, plus complète et plus sereine a priori... Mais il n'est pas donné (tout court ou à tout le monde, comme tu voudras).
Amitiés.
Antoine.


jenotule 02/12/2008 17:05

Je viens de finir de lire "Chères Toxines" de Jody, et dans le genre analyse de monde du travail, il a bien mis en évidence la grosse machine (en plus de la plombante industrie pharmaceutique). Pour votre salut, courez au cinéma voir "Chomsky et compangie", ça fait du bien au cerveau.

Antoine Chainas 02/12/2008 17:27


Très bien, jenotule,
Saines lectures, sains visionnages. On est un peu sur la même longueur d'onde, il me semble. Mais le billet mettait aussi et surtout en avant une certaine mansuétude (connivence ? inaptitude ?
incurie ?) de la part des gros médias dans le traitement des évènements. C'est, sinon plus grave que les faits eux-mêmes, du moins très troublant, non ?
Amitiés.
Antoine.


Antoine Chainas 02/12/2008 15:33

Messieurs Jean-Marc et Marin,
J'ai fait un rêve, comme dirait le pasteur : j'ai rêvé que nous étions invités tous les trois aux "Cinq Dernières Minutes" du JT susdit, et qu'Elise Lucet nous tançait en direct, fustigeant sans retenue et avec une méchanceté proche de la jouissance notre mauvais esprit contre-productif.
Est-ce grave, docteur ?
Amitiés goguenardes.
Antoine.

M.L. 02/12/2008 14:58

Oui, et il en deviendrait presque attachant, du coup... J'imagine que c'est l'effet Nazutti: tellement d'horreurs sont proférées et perpetrées dans Versus et pourtant, on ne peut réprimer un sentiment d'empathie larvé pour ce personnage...

Jean-Marc Laherrère 02/12/2008 14:37

Monsieur Chainas, vous êtes un vilain défaitiste et un affreux gauchiste. Et un pessimiste.
Ca ne m'étonnerais pas que vous écriviez des polars.