Sauvagerie du monde ordinaire

Publié le par Antoine Chainas

Quand vient la nuit,
Sous les néons, dans les impasses,
Et les parkings, derrière les grilles,
A l'heure
Où se vident
Supermarchés et boulevards,
A l'heure
Des écrans de veille
Des lumières lointaines
Des vitrines aveugles
A l'heure
Du silence :
Un hurlement.
Arrive le règne
Des hommes
Qui ne sont plus rien.
Arrive le règne
Des hommes
Qui se transforment en chiens.

A.C.

"Elle va de l'avant et regarde derrière elle,
constate qu'il existe seulement un lien ténu
entre le temps et la douleur
certaines choses ne s'en vont pas,
les blessures ne guérissent pas,
elles trouvent simplement leur place dans notre ventre
et dans nos os
où elles se nichent et frémissent,
se tournent et se retournent sous nos doigts et nos côtes
en attendant de se réveiller
à l'heure où s'allongent les ombres."

Tony Barlow
Crocs
Editions Grasset

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jenotule 05/12/2008 18:37

Je n'ai pas trouvé, monsieur T(r)oma, vos remarques acerbes. Pleine d'allant et énergiques, oui. Et ça fait du bien. Je précise au passage que Crocs m'a énormément plu. Ce constat dépassé, j'ai essayé de comprendre ce qui m'a laissé ce sentiment mitigé. Je ne vous rejoins pas sur la préférence aux superlatifs flatteurs. Ils m'exaspèrent autant que les descentes non motivées. Par contre, j'aime beaucoup lire des avis négatifs, en ce qu'ils éclairent sur son émetteur autant que sur le livre en question. Il y a déjà eu ici une discussion à ce sujet, qui disait si mes souvenirs sont bons que la critique négative constructive est un leurre. Je me demande alors s'il ne faut pas avoir le même scepticisme face aux avalanches de simples résumés et critiques élogieuses qu'on nous déverse chaque jour, mettant toutes les oeuvres au même niveau pour former un ensemble bien fade. Je constate souvent que les auteurs sont bien moins critiques sur les articles positifs fait sur leurs romans ;-)

Antoine Chainas 06/12/2008 10:17


Salut Thomas, salut jenotule,
@Thomas : j'ai bien aimé la manière énergique avec laquelle tu as défendu Crocs. Moi, je suis d'accord : la mauvaise foi est parfaitement autorisée (et même indiquée) quand on défend ce qu'on aime.
Je reconnais bien là les emportements d'un vrai amoureux des livres et de la culture. Keep goin' ;).
@jenotule : oui, la critique dithyrambique, quand elle n'est motivée que par les renvois d'ascenseur, les petites connivences ou le marketing, n'a pas plus de fondement qu'une critique incendiaire
(souvent pour les mêmes raisons). C'était Thierry Di Rollo, d'ailleurs, qui avait parlé de ça (je vous engage en passant à lire un ou deux livres de cet auteur, si vous aimez la littérature qui a
des guts...). Il avait nuancé son propos, il me semble, en précisant en substance que la critique positive n'était consctructive que lorsqu'elle résultait d'un respect mutuel. De ce fait, on était
davantage susceptible d'écouter ce que le critique avait à dire d'éventuellement négatif : les points de désaccord n'étant plus perdus dans un flot de propos vindicatifs. J'ai d'ailleurs, à ce
titre, indiqué maintes fois (et je ne suis pas le seul auteur à le faire), concernant mes livres, des critiques qui n'étaient pas à proprement parler uniquement positives, mais qui me semblaient
argumentées, distanciées, en un mot intéressantes pour le lecteur et pour l'auteur. Voilà, j'espère que la nuance a été saisie. Sinon, soyez sûr(e)s que j'y reviendrai encore et encore:).
Amitiés.
Antoine.
P.S : Quant à être, dans l'absolu,  "bien moins critique sur les articles positifs faits sur (s)es romans", ne nous voilons pas la face : à moins d'avoir une âme de masochiste effréné ou de
va-t-en-guerre patenté, c'est tout de même la moindre des choses, ne trouvez-vous pas ;) ?


T(r)oma 05/12/2008 17:52

Et même que je serai toujours "prêt", comme les scouts, à tous les coups bas...

T(r)oma 05/12/2008 17:49

Alors là, d'accord, on rentre dans le vif de la discussion, et ça me plaît.
D'abord, pour les orties, c'est un peu facile, vu que Mémé, qui y a été poussée, y est déjà, et qu'elle vous fera un confortable tapis de réception. C'est même moi qui l'ai mise là, avec mes commentaires inutilement acerbes. Mais j'ai franchement bcp aimé ce livre que, pour ma part, j'ai lu en moldave. Les coups de mâchoires sonnent tellement mieux dans cette langue ! Alors je serai près à tous les coups bas et toutes les infamies pour le défendre, car je le fais avec tout ce que j'aime, en toute malhonnêteté. Je suis sur ce point d'accord avec Antoine : non pas sur la malhonnêteté, mais sur le soutien à apporter à ce qu'on aime, sur l'énergie que l'on peut y consacrer, plutôt que pour ce que l'on n'aime pas. Cf plus bas.
Enfin, je me comprends...
La soupe, ensuite. Eh bien, figurez-vous, jenotule, que la soupe aux orties, justement, n'est pas mauvaise du tout, à condition qu'on la boive jusqu'à la lie. En effet, ces "remarques similaires" ont parfois tendance moi aussi à m'exaspérer, mais je les préfère toujours à celles, plus assassines, d'autres qui prennent un malin plaisir, ou un plaisir malin, à flinguer une oeuvre, ou pire, un écrivain. Et ils sont légion... Qui aime bien, châtie bien : morale chrétienne de merde !

jenotule 05/12/2008 16:55

Comparer ce qui peut l'être... c'est un bien vaste sujet, car à partir de quoi s'accorde-t-on sur ce qu'on s'autorise à comparer ? Je me suis mal exprimée, je pense, car ce n'est pas la teneur des romans que je juge, je ne compare pas Barlow à Enard, je mets en parallèle des remarques similaires, celles de la presse, des éditeurs et critiques qui s'extasient toujours sur le "superbe style", le "nouveau Simenon", "l'incroyable originalité"... Concours de qualificatifs vite accordés pour mieux vendre la soupe. Ensuite bien sûr, mea maxima culpa, je ne l'ai pas lu en VO. Je vais de ce pas me rouler dans les orties :-)

T(r)oma 05/12/2008 12:40

Rien à voir avec un vain exercice de style. J'ai beaucoup aimé ce roman, dont le rythme n'a rien d'aléatoire, à mon sens : il semble bien dicté, a fortiori dans sa langue d'origine (plus canine qu'anglaise, à vrai dire), par une course sans fin, sans but conscient sinon celui dicté par l'instinct de survie (et donc de mort, de massacre) de l'animal, émaillée de quelques aboiements et frictions intimes. Pour juger du "découpage", encore faut-il en lire le texte originel, et non pas en juger d'après la traduction française. Quant à comparer Enard et Barlow, il y a loin, quand même. Comparons en effet ce qui peut l'être. Comparons "Crocs" à un bon film de Romero, là d'accord ! Ce bouquin est courageux et beau, au même titre, pour son fond, que l'apocalyptique "La Route" de Mac Carthy.
Quand à l'aspect novateur de toute oeuvre littéraire... Vain, vous disiez ?