On n'oublie pas...

Publié le par Antoine Chainas

Trois petits poèmes neurasthéniques dédiés à ceux qui veulent arrêter

Et à ceux qui ignorent

comment continuer.


Variation # 1









Parce qu'on oublie pas l'odeur du charnier partout dans les rues en période de pleine salubrité

Parce qu'on oublie pas la merde entre les dents des gens, dans leur moindre sourire, la plus petite parole,

Parce qu'on oublie pas la viande, celle qu'on taillade, celle qu'on baise

Jusqu'au sang,

Et les caresses sous la peau. Les baisers froids, la débandade,

Aux matins arrosés, kérosène frelaté. Et les nuits blanches. Tant de nuits blanches. Si blanches.

Parce qu'on oublie pas l'homme, trou puant, trou sans fond

Avec rien entre les mains que sa queue et tes seins.

On n'oublie pas, non,

On espère.


Variation #2

 








On sera ni le prochain ni le suivant. Ni le dernier.

A crever.

On se planque, on essaye, volume au maximum, la mémoire au chalumeau, quelques pilules bien rangées à gauche

De la télécommande.

Au panier la fierté, aux chiottes l'intégrité !

On n'oublie pas, non,

ni de geindre comme un chiot, ni de prier ni de trembler.

On n'oublie pas, non,

Pas la vie qu'on regrette, bouffé par les vers,

Pas la vie qu'on vomit en se rappelant demain,

Ou le creux de tes reins.

Car voici la nuit.

On n'oublie pas qu'à deux pas des vitrines, derrière les magasins, y a un vieux qui chemine

vers la tombe.

Vers la tombe.


Variation #3







On n'oublie pas.

On compte.

Un.

Deux.

Trois.

Les morts nous regardent, sans cesse plus nombreux.

Eux connaissent déjà

La course du poison, le long des veines, droit au coeur, la pulsation muette des halogènes

Qui s'éteignent.

Quatre.

Cinq.

On n'oublie pas.

On n'oublie rien.

Publié dans nouvelle-poésie

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holden 02/03/2009 23:10

meeeeeeeeeuehhhhhhhhhh
nonnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnn
pas achever,
quoi que, si je vais àl yon, et que le livre est pas sur le stand....... comme pour caryl ferey l'année derniere

Antoine Chainas 02/03/2009 19:19

Et pour les codes barres, je trouve ça marrant que nous ayons les mêmes obsessions : sommes-nous définitivement de notre temps ou irrémédiablement anachroniques ? Je me pose encore la question (d'autant plus que je suppose que nous ne sommes pas les seuls) ;).
Re-amitiés.
Antoine.

Antoine Chainas 02/03/2009 19:11

@Jérôme : Merci infiniment. C'était effectivement l'effet recherché - focaliser l'énergie le plus possible avec de moins en moins de mots au fur et à mesure, tout en tenant compte du champ sémantique(et mortifère) que je m'étais fixé ("sang", "poison", "viande", etc...). En fait, on sait jamais si ça va fonctionner avant d'avoir des retours. Content que ça parle. Merci encore.
Amitiés.
Antoine.

Antoine Chainas 02/03/2009 18:46

@Holdrix : Noté, mec. Tu veux m'achever, hein, dis-le : c'est ça que tu veux ? (rires)
@Marin : Underground est mon film préféré de Kusturica : le plus engagé, le plus controversé et (donc ?) le plus sincère, à mon sens. Avant, c'était pas encore ça. Après, ça n'a plus jamais été tout à fait ça. La référence me plaît.
Amitiés.
Antoine.

Jérôme Leroy 02/03/2009 18:42

La progression vers le dépouillement du 3, c'est grand...
Et cette troisième variation, qui va jusqu'à l'os, jusqu'à l'esquille, c'est assez bouleversant.
Amitiés.
PS: Cette vieille obsession que j'ai à propos des codes barres. Dans l'Apocalyspe, il est écrit: "A la fin, ils seront tous marqués du chiffre de la Bête.