Trois petits poèmes neurasthéniques dédiés à ceux qui veulent arrêter
Et à ceux qui ignorent
comment continuer.
Variation # 1
Parce qu'on oublie pas l'odeur du charnier partout dans les rues en période de pleine salubrité
Parce qu'on oublie pas la merde entre les dents des gens, dans leur moindre sourire, la plus petite parole,
Parce qu'on oublie pas la viande, celle qu'on taillade, celle qu'on baise
Jusqu'au sang,
Et les caresses sous la peau. Les baisers froids, la débandade,
Aux matins arrosés, kérosène frelaté. Et les nuits blanches. Tant de nuits blanches. Si blanches.
Parce qu'on oublie pas l'homme, trou puant, trou sans fond
Avec rien entre les mains que sa queue et tes seins.
On n'oublie pas, non,
On espère.
Variation #2
On sera ni le prochain ni le suivant. Ni le dernier.
A crever.
On se planque, on essaye, volume au maximum, la mémoire au chalumeau, quelques pilules bien rangées à gauche
De la télécommande.
Au panier la fierté, aux chiottes l'intégrité !
On n'oublie pas, non,
ni de geindre comme un chiot, ni de prier ni de trembler.
On n'oublie pas, non,
Pas la vie qu'on regrette, bouffé par les vers,
Pas la vie qu'on vomit en se rappelant demain,
Ou le creux de tes reins.
Car voici la nuit.
On n'oublie pas qu'à deux pas des vitrines, derrière les magasins, y a un vieux qui chemine
vers la tombe.
Vers la tombe.
Variation #3
On n'oublie pas.
On compte.
Un.
Deux.
Trois.
Les morts nous regardent, sans cesse plus nombreux.
Eux connaissent déjà
La course du poison, le long des veines, droit au coeur, la pulsation muette des halogènes
Qui s'éteignent.
Quatre.
Cinq.
On n'oublie pas.
On n'oublie rien.
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