Quality Trash

Publié le par Antoine Chainas

En passant, et parce qu'ils le valent bien (registred l'Oréal), un petit article sur deux bouquins résolument féroces lus récemment. Ce qui les lie ? Une science consommée du timing, de la respiration, d'abord. Les points / contrepoints définissant ce rythme consistent d'un côté en un sens indéniable du lyrisme - poisseux pour le premier (Willocks), sec pour le second (Teran) - et de l'autre en une incontestable propension à offusquer les esprits chagrins de certains intervenants blogo-forumo-sphériques-qui-se-piquent-de-critique par leur côté rentre-dedans, excessif, sauvage, brutal, sanglant, incontrôlable en apparence. Entendre sans concession, ce qui est, bien entendu, une qualité. L'ultra-violence de quelques passages aura, par son aspect nécessaire, non complaisant, et exempt de séduction, suscité l'engouement de certains - dont moi - et la réticence des autres : les esprits chagrins dont je parlais tout à l'heure. Ceux qui voudraient lire des romans noirs non violents, qui espèrent, dans la littérature du dérèglement, faire l'économie du pire : buveurs de décaféinés et fumeurs de cigarettes lights, risque-rien, courtes-vues, pète-sec et pisse-froid, couche-tôt, pousse-mégots, demi-sel et entre-deux, gagne-petit, lèche-bottes, fesse-mathieux, pis-aller et gobe-mouches, haut-les-coeurs, repose-méninges, semi-finis, passe-plats, rabat-joie, moins-value, m'as-tu-vu et quant-à-moi, porte-documents et sauve-qui-peut, cheveux-longs-idées-courtes, ronds-de-cuir et traîne-savates, trop-perçus et sous-fifres, taille-pipes, fausses-balles, va-t-en-guerre, tourne-à-gauche, tire-lignes, pousse-toi-de-là-que-je-m'y-mette, tragi-comiques, amateurs de noir au nez sensible. Les sentez-vous ? Fumet incomparable du sent-bon à tire-larigot : les voilà, avec une constance qui frise l'ascèse, avec une clairvoyance assourdissante, qui se fourvoient sur la présence envahissante d'une violence qui constitue l'essence même du genre, pour peu qu'elle soit distanciée, réfléchie, mûrie, comme c'est le cas ici. Incapables de se demander si la plus grande violence n'est pas, justement, la justification de sa propre absence. Incapables de songer un instant que ce qui dérange n'est pas la plus explicite des effusions de sang.
J'ai entendu, l'autre jour, en participant à un débat avec quelques "confrères", l'un d'eux proclamer avec fierté et sérieux sa faculté à éviter le trash. Doit-on comprendre que la black novel, pour reprendre un anglicisme à la mode, a l'obligation d'être clean ? Revenons un instant, mes amis, sur la notion de trash (notion que je n'ai pas pu développer lors du débat parce que Rama Yade passait juste après nous et qu'il n'y avait plus le temps et que... Allons, c'est une autre histoire). Le trash, c'est la poubelle, les ordures, les choses que l'on jette et dont on ne veut absolument plus entendre parler. Le trash, c'est les laissés-pour-compte, les fous, les perdus... Alors, oui, on peut effectivement produire de bons romans noirs sans revendiquer à tout prix cette tendance, mais de là à vouloir adopter une stratégie de l'évitement... Sans doute existe-t-il dans cette théorie emblématique d'une société propre où le danger, la saleté sont éradiqués - ou plutôt mieux dissimulés - un potentiel commercial évident. C'est l'air du temps. Et il est probable que cet auteur (ne me demandez pas son nom, je ne m'en souviens plus) était bien plus sexy dans son argumentation que votre serviteur.
Mais vous aurez compris que je m'égare : me voilà en train de parler de tout sauf des bouquins eux-mêmes.
Les voici donc. Après la Quality Street (registred Nestlé), la Quality Trash - une autre manière de "savourer les plaisirs gourmands" :

Publié dans polar

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