Gérard, la fureur de vivre

Publié le par Antoine Chainas

Extrait d'une série de nouvelles / portraits rédigés pour Technikart à l'occasion du festival de Cannes 2008.

 

depardieu.jpg- C’est la catastrophe.

- La catastrophe ? L’apocalypse, oui !

- On pouvait pas deviner que les choses iraient jusque-là, patron.

- Comment ça ? Vous êtes justement payés pour prévenir ce type de désagréments. Je ne suis pas le directeur de la plus grande agence de sosies du pays pour m’entendre opposer des arguments pareils !

- Il avait pourtant l’air correct. Et puis la ressemblance était frappante : notre talent scout avait fait du bon boulot, il faut le reconnaître.

- A combien se chiffrent les dégâts ?

- Eh bien, si on prend en compte le tapis rouge arraché, la vitrine du Palais défoncée, le préjudice moral et la plainte déposée par les vigiles à laquelle il faudra trouver un accord amiable, on pourrait avancer le chiffre de 250 000.

- Mais où vous me l’avez trouvé, ce psychopathe ?

- Dans une des citées-dortoirs de l’arrière-pays. C’était le seul disponible, vu les délais.

- Vous ne vous êtes rendu compte de rien ?

- Hum. C’est vrai qu’il était un peu éméché quand on l’a contacté. Mais il nous a assuré qu’il s’agissait d’une fête. Et il a aussi affirmé qu’il savait faire de la moto.

- Il est où, maintenant ?

- En cellule de dégrisement. Au poste principal.

- Il va falloir me le sortir de là discrétos, compris ? S'il se met à jacter, c‘est la fin des haricots.

- Il peut pas. Il a signé la clause de confidentialité.

- La clause de confidentialité vaut que dalle avec ce genre d’énergumène. Cette histoire doit être tenue ab-so-lu-ment secrète.

- Heu, c’est un peu tard. Il fait déjà la une des journaux.

- Je sais, merci ! Seulement, tout le monde est encore persuadé qu’il s’agit du vrai Gérard. Au fait, vous l’avez eu au téléphone ? Qu’est-ce qu’il a dit ?

- Il est furax, vous vous en doutez. Mais nous avons une bonne police d’assurance.

- Quel bordel !

- Vous connaissez le proverbe, patron : parfois, le remède est pire que le mal.

- Putain. Et pour la fausse Catherine Deneuve à la Mostra, qu’est-ce qu’on fait ?

Publié dans nouvelle-poésie

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