Lars, I'm your fan

Publié le par Antoine Chainas

Extrait d'une série de nouvelles / portraits rédigés pour Technikart à l'occasion du festival de Cannes 2008.

 

antechrist_lars_von_trier1-252x300.jpg"Step".

"Step".

Quel job à la con. C'était bien la peine d'être ceinture noire de taekwondo et d'avoir un DEA d'audiovisuel.

Dix jours à Cannes. C'était le contrat le plus long et le mieux payé qu'il ait obtenu depuis qu'il s'était inscrit à l'ANPE désormais Pôle Emploi.

Le turbin consistait à se tenir à l'entrée de Debussy et à prévenir les invités que les architectes du Palais, selon une logique qui leur était propre et avec un sens des responsabilités frisant la sociopathie, avaient planqué une marche juste après la porte, appelant à la chute fatale, la valdingue surréaliste, la dégringolade disgracieuse, voire la fracture du péroné.

"Step".

"Step".

Aujourd'hui, néanmoins, il ne regrettait pas d'avoir pris ce poste. Son idole, le réalisateur sur lequel il avait fait sa thèse, allait se pointer. S'il avait le temps, il lui glisserait un truc du style : "Great job, Lars". Une réplique plutôt sobre qui permettait, le cas échéant, de ne pas passer pour un mendiant. Il voulait juste un regard. Un petit sourire, au mieux. Une preuve d'existence.

"Step".

"Step".

Il avait d'ailleurs l'impression qu'il aurait pu figurer dans un de ses longs-métrages. Dans la veine Dogme hardcore, plutôt. Un film avec un type qui répéterait inlassablement : "Step", "Step". Tiens, voilà une idée intéressante à soumettre. Potentiel commercial réduit, mais intégrité respectée à cent pour cent.

Ça y est, il apercevait les premiers invités. Par packs de douze, agglutinés pire qu'un jour de solde. Comment reconnaître Lars, dans ce foutoir ? En plus, ils avaient le don de ne pas ressembler du tout à l'image que les médias renvoyaient d'eux.

Ils commencèrent à s'engouffrer dans la salle.

Foncer.

Ne pas douter. Peut-être que Lars était au milieu du groupe qui passait maintenant ?

"Step".

"Step"

"Great job".

"Step".

La vie défilait à une telle vitesse, parfois.

 

Publié dans nouvelle-poésie

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