Le blues du WASP

Publié le par Antoine Chainas

imagesCABCP6GYEn 1975, l'écrivain Julius Horwitz a eu le courage de plonger son regard dans le gouffre insondable qui s'ouvre, telle une bouche sur un cri de suicidé, sous les pas de "l'homme de bonne volonté". Et surtout, il a eu le courage de le faire avec une radicalité exemplaire, sans concession ni justification d'aucune sorte.

En 2011, les éditions Baleine apportent la preuve, en rééditant Natural enemies, que cette oeuvre terrifiante et salutaire n'a pas pris une ride à l'heure où l'Occident, lézardé de toute part, paye l'addition. 

Le livre d'Horwitz intervient exactement au moment où la fête se termine pour le CSP+ caucasien d'obédience libérale, quand l'ennemi n'est plus nulle part, mais partout, lorsqu'il n'est plus les autres, mais bien nous-mêmes. Cet ennemi s'appelle la peur. Et lorsque la préservation du mâle blanc échoue, il n'a qu'une finalité : votre destruction planifiée, totale, et inexpliquée.

Un grand roman dépressif sur le blues métaphysique de nos sociétés ultra-matérialistes.

 

 

" [...] Ils auraient déboulé de leurs maisons jusqu'à la Cinquième Avenue. Tous au complet. Cette grande armée de loqueteux qui a fait de New York ce qu'elle est. Les 400 000 toxicomanes. La foule des assistés sociaux. Le million de vieux qui vivent avec 1,15 $ par jour. Les 100 000 malades mentaux qui croupissent dans les meublés insalubres. Les maîtresses de maison terrées derrière de ruineux systèmes de verrous de sécurité. Les 50 000 prostituées. Les 300 000 ouvriers qui travaillent tous les jours, gagnent moins de 100 $ par semaine, et subsistent on se demande comment. Les riches chassés de leur ville par une population de jeunes chômeurs qui tuent et mutilent à l'aveuglette. Les Noirs et les Portoricains qui, terrorisés, vivent dans des rues que les chiens eux-mêmes ont abandonnées. Les millions de femmes et d'hommes qui acceptent encore de s'entasser dans le métro au lieu de le défoncer de leurs poings nus. [...] Juste des millions de gens qui auraient marché pour se sentir vivants, pour se montrer, pour ne plus avoir peur [...] "

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