Et on démolira tous les affreux

Publié le par Antoine Chainas

imagesCAAF3OTY.jpgJ'avais souligné, voilà deux ans, l'ouvrage d'un auteur qui, par son extrémisme forcené, la pertinence vindicative de sa démarche, pouvait offrir au lecteur en mal d'expérience inédite un palliatif susceptible de remplacer convenablement une balle dans la tête ou un saut à l'élastique. Aujourd'hui, notre homme remet ça, toujours chez les très estimables éditions Baleine, dans la non moins estimable collection Baleine Noire, par l'intermédiaire d'un opus bien nommé : Démolition.

 

Ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre

Bien entendu, nous nous attendions à retrouver, sous une forme ou sous une autre, la furie viscérale qui avait caractérisé le premier roman, tout en sachant qu'il serait impossible à l'auteur de réitérer l'exploit en intégralité sous peine de se répéter et surtout de s'enfermer dans un registre qui, si j'en crois ce que j'ai lu, serait beaucoup trop réducteur pour un écrivain de cette trempe. En ce sens - mais pouvait-il en être autrement ? -, nous voilà rassurés : Nada ne se répète pas.

 

 

Éviter les écueils

A l'instar par exemple d'un Will Christopher Baer qui avait choisi en son temps, et après un premier livre irrévocable, d'accentuer l'aspect ludique de la narration, Nada semble, avec Démolition, prendre la direction d'une parodie plus évidente. Bien entendu, il subsiste toujours certaines fulgurances abyssales, notamment lorsque l'on en arrive au personnage du flic (*). Le romancier a en outre conservé cette science très jouissive, très personnelle, des descriptions de parcours entrecroisés (science qui avait fait une partie du sel de son premier roman, Hécatombe), et cette capacité - sans doute héritée de la forme courte du slam dans laquelle il excelle - à esquisser un portrait psychologique subtil en quelques mots d'une simplicité désarmante. De même, l'ouvrage recèle son lot de bonnes idées ; ainsi, la notion de contamination raciale par barebacking laisse entrevoir des possibilités dramaturgiques insoupçonnées. Enfin, il y a cette langue, tout à fait "cabaret sauvage", absolument "maldoror-mon-amour" : d'autant plus brutale qu'elle demeure par ailleurs décadente et châtiée en diable.

 

Un ouvrage de transition ?

Pourtant, ce qui frappe le plus, c'est que la noirceur de l'opus, la franchise des descriptions, tendent vers un grotesque assumé. Le risque corollaire étant - et il s'agit là d'un simple point de vue de lecteur - d'amoindrir la force du propos. Cette stratégie, consciente ou pas, constitue sans doute une des manières les plus naturelles de s'extraire par l'humour, par un second degré plus ostensible, d'un radicalisme étouffant. C'est pourquoi nous attendons d'ores et déjà le troisième livre de Nada. Choisira-t-il d'achever l'exuviation de ses écrits au profit d'un délire total ? Ou bien optera-t-il pour un retour aux fondamentaux : l'écriture en tant qu'ultime technique de survie, la rage comme alibi ultra performant de la suspension consentie d'incrédulité ?

 

(*) N.d.A : comme il est de coutume en ces lieux, le lecteur consciencieux se reportera à la quatrième de couverture ou à tout autre document approprié s'il désire obtenir quelques précisions concernant l'histoire.

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