Neutrino, oignon et cocktail Molotov

Publié le par Antoine Chainas

96703210_thumb3.jpgUne des idées les plus répandues en ce bas-monde serait que hard science et poésie - de par leurs champs sémantiques et leur finalité extrêmement éloignés - ne feraient pas bon ménage. Rien n'est moins sûr. En voici un cinglant exemple : au confluent de la mécanique quantique, de la dynamique complexe non linéaire, du second principe de thermodynamique et, d'un autre côté, du cut-up, du surréalisme et de la sémiologie pragmatiste (on se souvient de l'extraordinaire "le mot chien de mord pas", de William James), le poète-traducteur sino-américain Arthur Sze provoque des collisions transdisciplinaires d'une rare puissance dont voici, pour toi, lecteur, un petit aperçu :

 

 

 

 

 

Une tortue des Galapagos n'a rien à voir

avec le monde du neutrino.

L'écosystème des îles Galapagos

n'a rien à voir avec une paire de ciseaux.

Le cactus par la fenêtre n'a rien à voir

avec l'invention de la roue.

L'invention du télescope

n'a rien à voir avec les rosettes du jaguar.

Non. L'invention de la paire de ciseaux

a tout à voir avec l'invention du télescope.

Une carte du monde a tout à voir

avec le cactus par la fenêtre.

L'univers du quark a tout à voir

avec la ronde du jaguar dans la nuit.

L'homme qui se sacrifie et jette un cocktail Molotov

sur un tank a tout à voir

avec la déflexion du tournesol vers la lumière.

 

[Arthur Sze - Les feuilles du rêve sont les feuilles d'un oignon (extrait) - in River, River (1987)]

Publié dans nouvelle-poésie

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