Nous descendrons dans le gouffre, muets

Publié le par Antoine Chainas

book_666_image_cover-copie-1.gifOn avait déjà dit tout le bien qu'on pensait du philosophe Bruce Bégout ici ou . Comme un prolongement à ses songes amniotiques, dissimulés sous l'expression d'une pensée parfaitement articulée, il publie ce mois-ci, aux éditions Allia, un recueil de nouvelles terrifiantes. Avec L'accumulation primitive de la noirceur, l'universitaire bordelais aborde, par le prisme de la fiction, l'essence de sa réflexion sur les  zones neutres, mortes et apparemment stériles de la banalité. Du séminal L'instabilité émotionnelle des parkings au wikipédiesque Figures de Lichtenberg, en passant par le palahniukien Après-midi d'une terroriste ou le sophiecallissime Suiveur, la fécondité naît de l'innocuité superficielle des "lieux communs" - motels, parkings, supermarchés, zones pavillonnaires. Certains récits, tel Nothing Box ou Le casting, prennent parfois l'allure d'authentiques happenings littéraires, ce qui n'est pas rien. Et l'auteur de décortiquer dans un style limpide, presque lumineux, l'obscure fonctionnalité des objets, l'ergonomie déstabilisante des architectures modernes qui impactent l'humain. La dynamique inquiétante de Borges n'est pas loin. L'abécédaire de Deleuze et le royaume de Ballard non plus (à ce titre, la nouvelle JGBC est un véritable bijou). L'examen du quotidien est méticuleux, l'hybridation étrangeté / familiarité ultime. Les moindres détails, les plus infimes dérèglements suggèrent aux protagonistes égarés une imminente apocalypse, au sens étymologique du terme.
Et si Bégout était justement la révélation qu'on attendait depuis longtemps ?

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