Painkiller love abuse

Publié le par Antoine Chainas

Codeine_in_various_forms.jpgVoici le sourire torve d'une pute aux yeux d'azur

Délavés par les flashes, le crâne contre le mur

Sa longue chevelure bonde déploie une auréole

Sur les parpaings luisants où l'eau coule en rigoles

Au fond d'une ruelle morte à quatre heures du matin

Sous le crachin vicieux, tout au bout du chemin

Son départ silencieux n'a réveillé personne

Dans cette zone où l'espoir s'appelle Perséphone

La seringue encore là, qui signe ravageuse

Le solde de tout compte d'une vie de galère

La pointe un peu rouillée paraphe sur la veine creuse

Le cachet officiel d'une OD coutumière

Le garrot détendu comme une limace noire

A la saignée du coude, inutile, vicelard,

Ressemble à s'y méprendre à un vilain serpent

Qui n'entre dans les chairs que pour mordre à pleines dents

Le légiste se lève et range son matériel

Il coiffe d'un geste las ses cheveux poire et sel

Et retourne au labo attendre la relève

Demain il reprendra son sale boulot d'orfèvre

A cinquante et une piges, Max est un vieux garçon,

Il habite en banlieue un deux-pièces sans balcon

Des cages de béton à perte d'horizon

La thanatopraxie pour unique passion

Souvent il se réveille, à midi ou après

Avec le sentiment d'une présence palpable

Assise à ses côtés, une posture acceptable

Jusqu'à ce qu'il émerge de son rêve enfiévré

Ensuite vient la nuit et il ne s'en fait pas

Les toxs qui vendent leurs trous sont nombreux sur le tas

Dans les toilettes sordides, parmi les graffitis

Sur un bout de trottoir, allez tu viens, chéri

Elle s'appelait Sylvia, elle avait dix-neuf ans

La fiche signalétique en dit peu finalement

Maxime l'a rencontrée, il se souvient encore

Quand au fond de son lit doucement il s'endort

De son regard glacé, son sourire d'automate

Une pute aux yeux d'azur échouée sur l'asphalte

 

 

 

 

 

 

 

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