Tiroirs

Publié le par Antoine Chainas

Retrouvé dans un carton lors d'un déménagement, un vieux recueil de nouvelles datant de la fin des années 80, avec couverture très artisanalement confectionnée par bibi, et intérieur à l'avenant (les textes furent tapés, chose presque inimaginable aujourd'hui, sur une Olivetti à boule avec papier carbone pour les doubles et petit pinceau de blanc pour les corrections). On y trouvait pèle-mêle, pour le meilleur et pour le pire : un vieux pédophile qui meurt, dans l'indifférence générale, d'une crise cardiaque dans sa cage d'escalier, un postier atteint d'une tumeur cérébrale qui prend l'apparence de Bukowski et se fait casser la gueule par un autre infecté - sa tumeur à lui s'appelle Hemingway - dans un bar miteux de Pampelune, un homme, dont la femme est possédée par Mylène Farmer, qui erre dans une ville peuplée de sosies, un père Noël très énervé et lourdement armé bien résolu à en découdre avec tout un tas de gamins transformés en zombies tentant de gravir une montagne de jouets, un Jésus ressuscité qui galère dans un fast food à multiplier les hamburgers pour atteindre les objectifs de rentabilité, le parcours d'un tueur en série fasciné par les narines, médiatisé au point de susciter une mode révolutionnaire, un imposteur qui endosse l'habit de prêtre dans un monde où le Léviathan utilise les conduites sanitaires pour parvenir à ses fins, un père convaincu de la fin imminente du monde qui emmène sa famille en marche forcée à travers la forêt, transportant sa propre apocalypse, un cadre commercial pourchassé par une secte millénariste voyant en lui le Sauveur et lui-même sauvé par un flic encore plus givré que les adeptes, un écrivain paranoïaque en dédicace dans un supermarché, persuadé que les chiens sont en train de prendre le contrôle de leur maître, puis du monde, pour exacerber l'élan consumériste global... Environ six cents pages de délires toxico-organico-maniaco-compulsifs-pas-très-sérieux amoureusement compilés, à l'époque où mon intégrité physique et mentale n'était déjà plus tout-à-fait préservée. 

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