Un toast

Publié le par Antoine Chainas

Extrait d'un long texte, hommage à Bukowski, paru dans le magazine Page en 2007. Joyeuses fêtes à tous et à toutes et n'oubliez pas d'abuser des bonnes choses.

 

bukowski[...] Porter un toast. Un toast à la bêtise et à la crasse. Un toast aux gosses perdus et aux femmes déglinguées. Un toast aux menstrues et à la stérilité de l'alcool. Un toast aux yeux vrillés, la clarté du jour, dehors, un toast à la cuvette qui accueille la régurgitation. Un toast à la faim et à la soif. Un toast aux aisselles, aux poils et aux morpions. Un toast aux incisives dévorées par le tartre, un toast aux lèvres trop sèches, tout le temps. Fendues. Un toast aux asiles, aux cellules de dégrisement. Un toast aux crises de tremblements, à la nausée, au delirium. Un toast pour l'amour déchu et un autre pour les tripes, où l'on ne sent plus rien. Un toast pour la route et un autre pour les culs-de sac. Un pour l'aller et un pour le retour qui n'adviendra jamais. Un toast aux petits chefs, un toast aux employés soumis, un toast à la poussière des entrepôts, un toast à ceux qui s'écroulent et un toast à ceux qui ne meurent pas. A la santé des chiens, les seuls à accepter les flatteries et les coups avec la même docilité. A la santé de Mahler et des couchers de soleil sur Venice Beach. A la santé des tas d'ordures enfoncés dans le sable, à la santé de ceux qui y dorment. A la santé de la solitude ajoutée à la solitude. A la santé du carcinome noir au fond de son ventre : celui qui pourrait être baptisé Bukowski. A la santé de... Ça y est, tu n'as plus mal. Un toast... Ça y est, tout est égal. Du gris. Tu flottes, tu te noies. C'est le moment : viens te battre. Allez, viens te battre, je suis prêt. [...]

Commenter cet article