Yeah, yeah, j'veux être écrivain
Tu voulais écrire pour donner. Pas recevoir. Recevoir, c'était apprendre à accepter. Et accepter, c'était te rendre esclave. Accepter l'argent, accepter la pub. Accepter les louanges et les sourires. La gratification de Toi, celui que tu hais, celui dont chaque pas pèse une tonne et chaque jour cent ans. L'insupportable. L'usurpateur. Toi. Accepter la merde dans ton assiette en tickets de restauration et accepter les dix mètres carrés d'une chambre d'hôtel qui t'oubliera sitôt les bagages pliés. Accepter la chatte entre deux signatures. Le parfum écoeurant pour ne pas y penser. Et le regard de ton chien lorsque tu rentres chez toi. Seul. Accepter l'argent. Accepter les comparaisons. Accepter les clauses restrictives. Puis le marchandage. Puis le compromis. Puis la facilité. Ton chien, qui te regarde, tel que tu es. Amolli. Pieds et poings liés. Nu. Laisse au cou. C'est toi, le chien. Ne plus rien dominer. Même pas ta propre échéance. Celle qui dépassera de loin le plus beau de tes livres. Tu croyais que certains mots pouvaient être libres. Mais c'était oublier qu'il y avait un prix. Pour chaque chose que tu accepterais. Et chaque chose que tu refuserais. Personne ne t'avait prévenu. Au départ pas plus qu'à l'arrivée : rien ne serait affiché.