Si haut que fût le trône...

Publié le par Antoine Chainas

Amis du Noir, bonsoir. Force est de constater que l'incurie orchestrée par le gouvernement actuel, la vulgarité, la bêtise dont il fait preuve et, pour tout dire, la médiocrité qu'il hisse à un niveau encore jamais atteint depuis l'instauration du régime parlementaire semi-présidentiel, aura eu au moins le mérite, me semble-t-il, de réveiller une certaine tendance de la littérature noire : celle du pamphlet ou du constat politique. Cette réflexion sous-entend bien sûr que cette littérature, à l'instar de l'ensemble des industries du divertissement, ne se situe pas dans le champ des solutions, des alternatives possibles (plutôt réservées, elles, à une certaine littérature prospective : S.F., essais économiques, philosophiques, politiques, religieux, scientifiques), mais dans celui du dévoilement ou, plus habituellement, de la dénonciation.

 

LHONOR-1.JPGLivres-stigmates ou retour du refoulé

Pour revenir un instant sur cette gestion étatique aux allures de catastrophe ferroviaire, un  simple examen de notre environnement immédiat suffira à constater qu'elle n'est malheureusement pas l'apanage de la France. De Berlusconi à Merkel, en passant par Papoùlias ou Cameron, elle incarne une des orientations récentes d'un système européen déjà à bout de souffle, arrivé trop tôt ou trop tard dans l'histoire du tout-libre-échange, esclave de l'allégeance ontologique au marché concurrentiel. C'est dans ce contexte-là que paraissent récemment deux fictions pour le moins enthousiasmantes publiées à la Série Noire : la première, intitulée L'honorable société, est signée par le tandem Dominique Manotti / D.O.A., la seconde, Préparer l'enfer, nous vient d'un transfuge de l'anticipation sociale, Thierry Di Rollo. Là où L'honorable société, opus techniquement très impressionnant, pousse la logique de l'assèchement lexical jusqu'à une espèce de para-langage à l'hyperfonctionnalité inédite et renoue, en digne héritier des meilleurs films américains à thèse des années soixante-dix, tels Les trois jours du Condor ou La théorie des dominos, avec la quintessence du divertissement intelligent, Préparer l'enfer, beaucoup plus court, mais non moins dense, demeure quant à lui très cohérent lorsqu'on connaît l'auteur : cinglant et d'une acuité implacable. En ce sens, d'ailleurs, ce dernier livre se révèle bien plus solide que le précédent essai "noir" de Di Rollo chez Denoël (Le syndrome de l'éléphant - 2008).

 

PreparerLEnfer.jpgTous pourris ?

Passons sur le prétexte diégétique des oeuvres - le lecteur débrouillard saura trouver des résumés plus que valables sur le Net, dans la presse officielle ou en quatrième de couverture -, et attachons-nous deux secondes aux conclusions que l'on pourra tirer de ces réflexions passionnantes. Marquées par un style et des procédés narratifs fort différents, elles ont la particularité d'offrir un constat politique tout compte fait assez similaire : dans le prolongement de ce qui a été dit ci-avant, le "tous pourris" continue son travail de contamination des différentes strates médiatiques. De là à en déduire qu'il existerait, en littérature noire comme dans l'ensemble des vecteurs de transmission de l'information, un "air du temps", il n'y a qu'un pas. Et ce pas, nous le franchirons allégrement, ne serait-ce que pour ajouter que l'air du temps, justement, lorsque des auteurs de la trempe de DOA, Manotti ou Di Rollo s'en emparent, cela donne des romans épatants.  

 

Publié dans polar

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